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Les écrans font aujourd’hui partie intégrante de notre environnement quotidien.
Téléphones, tablettes, ordinateurs, télévision… ils sont omniprésents dans nos vies personnelles, familiales et professionnelles.

Face à cette réalité, beaucoup de parents se sentent démunis.

Entre les discours alarmistes, les recommandations strictes et la réalité du quotidien, une question revient souvent :

 

Comment bien faire avec les écrans lorsque l’on a un jeune enfant ?

En tant qu’infirmière puéricultrice, spécialisée dans les 1000 premiers jours de la vie, j’accompagne régulièrement des familles et des professionnels de la petite enfance autour de ces questions.
Mon approche ne consiste pas à diaboliser les écrans. Ils font désormais partie de notre environnement.
L’enjeu est ailleurs : comprendre leurs effets sur le développement de l’enfant afin d’en faire un usage adapté et réfléchi.
Les 1000 premiers jours : une période clé pour le développement du cerveau
Les 1000 premiers jours de la vie, qui s’étendent de la conception jusqu’aux deux ans de l’enfant, constituent une période déterminante pour le développement cérébral.
Durant cette phase, le cerveau de l’enfant connaît une croissance spectaculaire :
• plus d’un million de connexions neuronales par seconde
• une plasticité cérébrale exceptionnelle
• une grande sensibilité à l’environnement
Le développement de l’enfant repose alors essentiellement sur trois piliers fondamentaux :
• les interactions humaines
• l’exploration sensorielle du monde
• la sécurité affective
Les expériences vécues dans cette période vont littéralement structurer l’architecture du cerveau.
C’est dans ce contexte qu’il est important de réfléchir à la place que prennent les écrans.

Les écrans : ce que montrent les connaissances scientifiques

Les recherches scientifiques ne montrent pas que les écrans sont “mauvais” en eux-mêmes.
En revanche, leur usage précoce, intensif ou inadapté peut interférer avec certaines expériences essentielles au développement de l’enfant.
Chez le jeune enfant, plusieurs domaines peuvent être concernés.

Le développement du langage

Le langage se construit avant tout dans l’interaction.
Les échanges regard à regard, les expressions du visage, la prosodie de la voix, les tours de parole… tous ces éléments permettent au bébé d’entrer progressivement dans la communication.
Les écrans, même éducatifs, ne remplacent pas ces interactions sociales riches et ajustées.
Plusieurs études ont montré qu’une exposition importante aux écrans chez les jeunes enfants pouvait être associée à :
• un vocabulaire plus restreint
• un retard dans certaines compétences langagières
• moins d’interactions verbales avec les parents

L’attention et la régulation

Les contenus numériques sont souvent très stimulants : images rapides, couleurs vives, changements de scène fréquents.
Le cerveau du jeune enfant, encore immature, peut avoir des difficultés à traiter cette stimulation intense.
Certains travaux suggèrent qu’une exposition excessive pourrait être associée à :
• des difficultés d’attention
• une agitation accrue
• une régulation émotionnelle plus difficile
Cela ne signifie pas que quelques minutes d’écran vont provoquer ces difficultés, mais cela invite à rester attentif à la manière dont les écrans sont utilisés.

Le sommeil

La lumière bleue émise par les écrans peut perturber la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil.
Chez le jeune enfant, dont les rythmes biologiques sont encore en construction, l’exposition aux écrans en soirée peut contribuer à :
• retarder l’endormissement
• fragmenter le sommeil
• diminuer la qualité du repos
Or le sommeil joue un rôle majeur dans le développement cérébral.

Le risque principal : ce que les écrans remplacent

Le point le plus important n’est pas l’écran en lui-même.
La question essentielle est : qu’est-ce que l’écran vient remplacer ?
Chez le jeune enfant, chaque moment d’éveil est une opportunité de développement :
• manipuler des objets
• explorer son environnement
• jouer librement
• interagir avec ses parents
• observer les expressions du visage
• entendre le langage
Lorsque les écrans prennent trop de place, ils peuvent réduire ces expériences essentielles.

La technoférence : quand les écrans des adultes interfèrent

Un aspect moins connu concerne l’usage des écrans par les parents eux-mêmes.
On parle aujourd’hui de technoférence pour décrire les situations où les interactions parent-enfant sont interrompues ou diminuées par l’utilisation d’un smartphone ou d’un autre écran.
Par exemple :
• consulter son téléphone pendant le repas
• répondre à un message pendant que l’enfant joue
• regarder un écran pendant un moment partagé
Ces interruptions peuvent sembler anodines, mais les jeunes enfants sont particulièrement sensibles à la disponibilité émotionnelle de leurs parents.
Les études montrent que lorsque les interactions sont fréquemment interrompues par les écrans, les enfants peuvent :
• solliciter davantage l’attention
• manifester plus de frustration
• avoir des interactions moins riches avec leurs parents
Là encore, l’objectif n’est pas de culpabiliser les parents. Nous vivons tous dans un monde connecté.
Mais prendre conscience de ces mécanismes permet d’ajuster certaines habitudes.

Accompagner plutôt que culpabiliser

Beaucoup de parents se sentent jugés lorsqu’on parle d’écrans.
Pourtant, la parentalité moderne se déroule dans un contexte inédit : celui d’une société numérique omniprésente.
L’accompagnement consiste donc davantage à donner des repères qu’à imposer des interdits rigides.
Plusieurs principes simples peuvent aider les familles.

Privilégier les interactions humaines

Rien ne remplace :
• les échanges
• les regards
• les jeux
• les moments partagés
Ces interactions sont le moteur principal du développement du jeune enfant.

Éviter les écrans avant 3 ans lorsque c’est possible

Les recommandations de nombreuses institutions de santé (OMS, Société Française de Pédiatrie) suggèrent d’éviter les écrans avant l’âge de 3 ans, car les enfants n’en retirent pas de bénéfices développementaux à cet âge.
Cela ne signifie pas qu’un enfant qui voit occasionnellement un écran sera en difficulté.
Il s’agit plutôt d’un repère de santé publique.

Accompagner les usages

Si un écran est utilisé, certaines pratiques sont plus favorables :
• regarder ensemble plutôt que laisser l’enfant seul
• commenter ce qui se passe à l’écran
• choisir des contenus calmes et adaptés
• limiter la durée
L’écran devient alors un support d’échange plutôt qu’une simple stimulation passive.

Préserver certains moments sans écrans

Certains moments du quotidien sont particulièrement précieux pour le développement :
• les repas
• les temps de jeu
• les routines du soir
• les moments de retrouvailles
Les préserver autant que possible sans écran favorise des interactions plus riches.

Trouver un équilibre dans un monde numérique

Les écrans ne disparaîtront pas de notre environnement.
Ils peuvent même offrir des ressources intéressantes : communication avec les proches, accès à l’information, contenus éducatifs.
L’enjeu n’est donc pas de les bannir, mais de leur donner une place ajustée dans la vie familiale.
Pour les jeunes enfants, la priorité reste :
• le jeu libre
• l’exploration
• la relation
• la présence attentive des adultes
Ce sont ces expériences qui nourrissent le développement du cerveau.
Le rôle des professionnels de la petite enfance
Les professionnels de la santé et de la petite enfance ont un rôle essentiel à jouer.
Notre mission n’est pas de culpabiliser les familles, mais de :
apporter une information claire et fiable
• soutenir les parents dans leurs questionnements
• aider à construire des repères réalistes
Chaque famille est différente, chaque contexte aussi.
L’accompagnement doit donc rester bienveillant, individualisé et respectueux des réalités du quotidien.
En conclusion
Les écrans ne sont ni des ennemis ni des solutions miracles.
Ils sont simplement un élément de notre environnement contemporain, avec lequel les familles doivent apprendre à composer.
Chez le jeune enfant, notamment durant les 1000 premiers jours, l’essentiel reste ailleurs :
• la qualité des interactions
• la disponibilité émotionnelle
• l’exploration du monde réel
• le jeu
• la relation
C’est en soutenant ces expériences fondamentales que l’on favorise le développement harmonieux de l’enfant.
Et c’est dans cette démarche que les professionnels de santé peuvent accompagner les familles :
en informant, en soutenant et en aidant chacun à trouver un équilibre adapté à sa réalité.
La question des écrans évolue avec l’âge de l’enfant.
Dans la continuité de cet article consacré aux 1000 premiers jours, deux autres articles viendront prochainement approfondir ce sujet :
l’un dédié à l’accompagnement des enfants de 3 à 6 ans face aux écrans,
et un autre consacré aux enjeux spécifiques de l’usage du numérique à l’adolescence.
Julie Gaulay

Author Julie Gaulay

Fondatrice de Mum & Mômes à Nantes, Réflexologue plantaire spécialisée en périnatalité et pédiatrie, aromatologue et Infirmière Puéricultrice

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